Imaginez un matin de brume à plus de 3 000 mètres d’altitude, sur les crêtes escarpées des hauts plateaux d’Ethiopie. Alors que les premiers rayons du soleil percent le froid mordant, une silhouette massive émerge de la falaise : le Gélada. Souvent confondu avec un babouin, ce singe unique au monde est bien plus qu’un simple primate. C’est le dernier représentant d’une lignée de singes herbivores, un véritable seigneur des montagnes éthiopiennes que j’ai le privilège de côtoyer lors de mes expéditions.
Une parure royale
Le mâle Gélada est une vision de puissance. Sa crinière épaisse, qui lui vaut le surnom de « singe-lion », flotte au vent des hauts plateaux. Mais le détail le plus fascinant reste cette tache de peau nue et rouge vif sur sa poitrine. Surnommé le « cœur qui saigne », ce triangle cutané devient d’un rouge écarlate lors de la saison des amours ou lors des démonstrations de force. C’est un indicateur visuel immédiat de son statut et de sa vigueur au sein de la communauté.
La vie en société
Ce qui frappe le plus lors d’une immersion avec les Géladas, c’est l’ambiance sonore. Contrairement à d’autres primates plus silencieux, les Géladas vivent dans une discussion constante. Leurs interactions sociales sont d’une complexité rare, marquées par des grognements doux, des claquements de dents et des expressions faciales saisissantes (le fameux « lip-flip » où ils retroussent leur lèvre supérieure).
Ils vivent en unités familiales regroupées en bandes pouvant atteindre plusieurs centaines d’individus. C’est un spectacle inoubliable que de voir cette marée de fourrure s’étaler sur les prairies alpines pour la journée.
Un régime unique : Le brouteur des cimes
Le Gélada est le seul primate au monde essentiellement herbivore. Ses doigts courts et agiles sont d’une précision chirurgicale pour arracher les brins d’herbe, un par un, tout au long de la journée. Assis sur leur postérieur, ils se déplacent en glissant sans se lever, créant une danse lente et méthodique à travers les pâturages.
Pourquoi les observer avec nous ?
Photographier le Gélada, c’est capturer l’essence sauvage de l’Abyssinie. Que ce soit un portrait serré mettant en valeur son regard intense, ou un plan large le montrant au bord d’un précipice de 1 000 mètres, l’émotion est toujours au rendez-vous.
Dans mes stages photos, nous apprenons à approcher ces groupes avec respect pour se fondre dans la colonie et capter des moments d’intimité : une séance de toilettage, les jeux acrobatiques des jeunes, ou le repos d’un vieux mâle dominant.







