Le Parc National des Montagnes de Balé

Les montagnes du Balé, sanctuaire du loup d’Éthiopie

Au sud-est des hauts plateaux éthiopiens s’étend l’un des derniers grands refuges du loup d’Éthiopie : le massif du Balé. Ce territoire d’altitude, vaste et contrasté, constitue aujourd’hui le cœur de la population mondiale de l’espèce. C’est ici, sur ces plateaux battus par les vents, que le loup d’Ethiopie trouve les conditions idéales à sa survie.

Vue de nuit sur la vallée de Webb au cœur du parc national des monts Balé
Vue de nuit sur la vallée de Webb au cœur du parc national des monts Balé

A travers les âges…


Une terre née du feu

Les montagnes du Balé sont avant tout une création volcanique. Bien avant l’ouverture de la vallée du Rift, entre 38 et 7 millions d’années, d’immenses coulées de lave ont recouvert les reliefs anciens, formant un vaste plateau d’altitude.Ces roches volcaniques — principalement des trachytes, mais aussi des basaltes et des rhyolites — composent aujourd’hui l’ossature du massif. Le paysage actuel repose sur cette base : un plateau immense, ponctué d’anciens cônes volcaniques, dont certains dépassent encore les 4 200 mètres.

L’empreinte oubliée des glaces

Mais le feu n’est qu’une partie de l’histoire. Le Balé porte aussi la mémoire de la glace.

Le massif a connu plusieurs périodes glaciaires, dont les traces sont encore visibles aujourd’hui. Lors de la dernière glaciation, il y a environ 20 000 ans, une calotte de glace recouvrait une partie du plateau du Sanetti, notamment autour du sommet du Tulu Dimtu. Des glaciers descendaient jusqu’à 3 200 mètres d’altitude, sculptant vallées, crêtes et dépressions.Ces phénomènes ont profondément modelé les paysages : vallées glaciaires, dépôts morainiques, stries sur les roches… autant d’indices qui témoignent d’un passé bien plus froid. Le relief que l’on observe aujourd’hui est ainsi le résultat d’un long travail d’érosion, mêlant eau, vent et glace pendant des millions d’années.

Cascade fincha hareba vallée de Web, Éthiopie - BMNP
Cascade fincha hareba vallée de Web, Éthiopie – BMNP

Un château d’eau pour toute une région

Au-delà de sa géologie, le massif du Balé joue un rôle fondamental : celui de réservoir d’eau à l’échelle régionale.

En attirant les masses d’air humide, les montagnes génèrent d’importantes précipitations dites orographiques. Les versants reçoivent entre 600 et 1 400 mm de pluie par an, alimentant un réseau hydrologique dense.

Pas moins de 40 rivières prennent leur source dans le parc, contribuant à plusieurs grands bassins fluviaux, dont le Wabe Shebelle ou le Ganale. Ces cours d’eau irriguent des régions entières et assurent l’approvisionnement en eau de millions de personnes, bien au-delà des frontières du massif.

Une ressource vitale et fragile

Cette eau est bien plus qu’un élément du paysage : elle conditionne la vie de plus de 12 millions de personnes en Éthiopie et dans les régions voisines.

Toute perturbation — déforestation, surpâturage, surexploitation — peut déséquilibrer ce système. Une modification des écoulements en altitude entraîne des conséquences directes en aval : raréfaction de l’eau, pression accrue sur les ressources restantes, dégradation rapide des terres.

Le Balé fonctionne ainsi comme un équilibre délicat entre hautes terres et plaines.

Les sources minérales, au cœur des traditions

Parmi les singularités du massif, les sources minérales — appelées hora — occupent une place particulière. Riches en éléments essentiels comme le sodium, le calcium ou le magnésium, elles attirent depuis des générations les éleveurs.

Il n’est pas rare que des troupeaux parcourent plusieurs jours pour atteindre ces points d’eau. Ces sources jouent un rôle à la fois écologique et culturel, inscrivant le paysage du Balé dans une relation ancienne entre l’homme, l’animal et la montagne.

Un socle invisible mais essentiel

Ainsi, la géologie et l’hydrologie ne sont pas de simples caractéristiques du Balé : elles en sont le fondement.

Des volcans anciens aux glaciers disparus, des pluies d’altitude aux rivières qui nourrissent les plaines, tout ici est lié. C’est cette structure invisible qui permet l’existence même des écosystèmes afro-alpins… et, au sommet de cette chaîne, celle du loup d’Éthiopie.

Une ressource vitale et fragile

Cette eau est bien plus qu’un élément du paysage : elle conditionne la vie de plus de 12 millions de personnes en Éthiopie et dans les régions voisines.

Toute perturbation — déforestation, surpâturage, surexploitation — peut déséquilibrer ce système. Une modification des écoulements en altitude entraîne des conséquences directes en aval : raréfaction de l’eau, pression accrue sur les ressources restantes, dégradation rapide des terres.

Le Balé fonctionne ainsi comme un équilibre délicat entre hautes terres et plaines.


Une histoire récente, longtemps restée dans l’ombre

Contrairement à d’autres régions d’Éthiopie, les montagnes du Balé sont restées longtemps en marge des récits et des explorations. Jusqu’au milieu du XXe siècle, très peu de descriptions existaient, malgré une ouverture progressive du territoire : la ville de Goba, au cœur du massif, était déjà reliée à Addis-Abeba par une ligne télégraphique dès 1931, et desservie par les premiers vols intérieurs avant les années 1950.

Au tournant du XXe siècle, le massif apparaît encore largement inhabité. Le premier regard scientifique documenté est celui de Carlo von Erlanger, naturaliste allemand, qui explore la région entre 1899 et 1901 et y décrit notamment le rat-taupe géant. Peu après, en 1901, le Viscomte du Bourg séjourne deux mois dans la région de Goba. Il y chasse l’éléphant au sud du massif et traverse les montagnes, rapportant la présence d’éléphants et de buffles dans la forêt d’Harenna, ainsi que des pratiques de chasse à l’ivoire menées à cheval.

Puis, le silence retombe pendant plusieurs décennies. Ce n’est qu’à la fin des années 1950 que le géographe finlandais Helmer Smels revient dans ces montagnes encore peu documentées. Il traverse le massif de Goba à Delo-Mena et constate déjà de profonds changements : en l’espace de cinquante ans, les éléphants ont disparu de la forêt d’Harenna. Il observe également que le plateau du Sanetti, bien que dépourvu d’habitations permanentes, est utilisé saisonnièrement pour le pâturage, parfois durant plusieurs mois. Les populations locales fréquentent aussi les sources minérales — les horas — et s’abritent dans des structures temporaires faites de bambou. La forêt d’Harenna, quant à elle, reste peu habitée, en dehors de campements ponctuels liés à l’élevage et à la récolte du miel.

À la même époque, le botaniste britannique Herbert Mooney décrit une occupation humaine encore diffuse, notamment autour du village de Rira. Il souligne aussi un phénomène marquant : une grande partie du massif avait été dépeuplée à la fin du XIXe siècle, suite à une épidémie de peste bovine qui avait décimé les troupeaux.

Habitation traditionnelle des populations locales au coeur du parc national des monts Balé
Habitation traditionnelle des populations locales au coeur du parc national des monts Balé

La création du parc : une prise de conscience tardive

Dans les années 1960, un éleveur belge, B. N. Weerts, obtient une concession de 400 km² dans la région de Dinsho et la vallée de Gaysay. Ses installations deviendront plus tard le noyau administratif du parc.

Mais la véritable impulsion de protection naît avec le naturaliste britannique Leslie Brown, qui visite la région en 1963 puis en 1965 pour évaluer l’état des populations de nyala des montagnes. Constatant la richesse et la fragilité de cet écosystème, il recommande la création d’une aire protégée.

Son initiative est concrétisée par John Blower, conseiller auprès de l’Ethiopian Wildlife Conservation Authority, qui mène les premières études de terrain et définit les limites du futur parc.

Le Parc national des montagnes du Balé est officiellement créé à la fin de l’année 1969, avec relativement peu d’habitants permanents à l’intérieur de ses frontières.

Un territoire sous pression croissante

Dès cette époque, Leslie Brown pressent une évolution inévitable : l’expansion agricole dans les plaines environnantes allait progressivement pousser les populations vers les altitudes supérieures, dans des zones autrefois utilisées uniquement de manière saisonnière.

Cette prédiction s’est confirmée. Au fil des décennies, l’installation humaine s’est intensifiée à l’intérieur même du parc. Une étude menée en 2011 estimait à environ 3 700 foyers — soit près de 26 000 personnes — vivant dans ses limites. Dans certaines zones clés pour le loup d’Éthiopie, comme la vallée de Web, la densité de bétail atteint aujourd’hui environ 250 têtes par km².


Un loup d'ethiopie chassant au mileiu du bétail sur les hauts plateaux ethiopiens

Un sanctuaire né tardivement, aujourd’hui essentiel

One Park, many worlds – Un parc, cinq mondes.

BMNP

C’est la devise du parc ! Le Parc national des montagnes du Balé ne se résume pas à un seul paysage. Sur plus de 2 150 km², il rassemble une mosaïque remarquable de milieux, chacun avec sa propre identité.

Au nord, les plaines de Gaysay offrent de vastes prairies ouvertes, favorables aux grands herbivores. Plus loin, les forêts de genévriers marquent une transition vers des milieux boisés, riches en faune. En altitude, le plateau du Sanetti déploie ses étendues afro-alpines, royaume du loup d’Éthiopie et des rongeurs qui structurent toute la chaîne alimentaire.

Entre ces mondes, une ceinture de landes à bruyères géantes forme un univers dense et presque irréel, avant que le relief ne bascule brutalement vers le sud, dans la forêt d’Harenna, immense forêt de nuages où l’humidité, l’ombre et la végétation ferment le paysage.

Cette diversité fait du Balé un territoire unique : en quelques kilomètres, on passe d’un univers ouvert et minéral à une forêt tropicale profonde, comme si plusieurs mondes coexistaient au sein d’un même massif.

carte ©balemountainnationalpark


Là où tout commence…

Dans les montagnes du Balé, tout semble venir de loin.
Du feu ancien qui a façonné les plateaux, aux glaces disparues qui ont sculpté les vallées, jusqu’aux pluies qui, encore aujourd’hui, nourrissent silencieusement des terres situées à des centaines de kilomètres.

Ici, rien n’est immédiat. Tout s’inscrit dans le temps long.

Le vent glisse sur le plateau du Sanetti, soulève les herbes rases, traverse les landes et s’effondre dans la forêt d’Harenna. L’eau, elle, s’infiltre, ruisselle, disparaît pour mieux renaître plus bas, donnant vie à des rivières dont dépendront des millions d’existences.

Et au cœur de cet équilibre, presque invisible, le loup d’Éthiopie poursuit sa quête. Silhouette fragile dans un paysage immense, il incarne à lui seul la subtilité de ce monde : un prédateur né d’un territoire, façonné par des forces qui le dépassent.

Comprendre le Balé, ce n’est pas seulement observer ses paysages.
C’est accepter que tout y est lié — la roche, la glace, l’eau, le vivant.

C’est saisir qu’ici, plus qu’ailleurs peut-être, la nature ne se raconte pas à l’échelle d’une vie, mais à celle des origines.

Les derniers articles de blog

Le singe Gélada : Le Singe des Hauts Plateaux

Imaginez un matin de brume à plus de 3 000 mètres d’altitude, sur les crêtes escarpées des hauts plateaux d'Ethiopie. Alors que les premiers rayons du soleil percent le froid mordant, une silhouette massive émerge de la falaise : le singe Gélada. Souvent confondu avec...

Dans les coulisses du film Le Secret du Loup d’Ethiopie

Il existe des films qui naissent dans le confort d’un bureau, et d’autres qui prennent forme là-haut, sur les hauts plateaux, là où l’air se raréfie, où le froid mord les doigts et où chaque image se mérite. Le Secret du Loup d’Ethiopie appartient sans hésitation à...

Le Loup Doré Africain : Entre chacal et loup ?

  Chacal ou loup ? La question a longtemps animé les débats naturalistes. Rencontrer le Loup Doré Africain, c’est découvrir un animal d’une résilience exceptionnelle, capable de naviguer entre les mondes. Des hauts plateaux éthiopiens aux plaines arides,...

L’étonnant renard bleu d’Islande (Melrakki)

En 2016 et 2017, j’ai eu l’immense privilège d’explorer la péninsule du Hornstrandir, une réserve naturelle isolée dans le nord-ouest de l’Islande, aux côtés de Phil Garcia, spécialiste français du renard bleu d'Islande (Melrakki) et fondateur de l’Explographe. Entre...

Loup d’Abyssinie possible pollinisateur ?

Cette expérience et la documentation qui l’accompagne ont marqué un tournant dans ma vie, bouleversant ma perception de la nature. Cela fait maintenant plus de sept ans que je parcours les hauts plateaux d’Éthiopie, suivant les traces du fascinant loup d’Abyssinie...

Envie de découvrir les loups ?

Partez en voyage photo avec moi en Ethiopie !

a man sitting on a rock drinking from a cup

Adrien Lesaffre

Photographe animalier, concepteur de voyages photo en Ethiopie, spécialiste du loup d’Abyssinie.

MES OFFRES DE STAGES PHOTOS

Loup d’Ethiopie, magie et mystère d’automne

Loup d’Ethiopie, magie et mystère d’automne

 Stage photo : Loup d'Ethiopie, magie et mystère d'automne   Capturez les ambiances magiques en Ethiopie…C’est la saison des amours sur les Hauts plateaux en Ethiopie ! Les loups naviguent dans les brumes, les sauges en fleur offrent des marées mauves … Une saison...

Stage Photo Éthiopie : Loups, Louveteaux et Singes Géladas

Stage Photo Éthiopie : Loups, Louveteaux et Singes Géladas

Stage photo Loups Louvetaux & Géladas Escapade en EthiopieDans ce "Stage photo Loups Louveteaux & Géladas en Éthiopie" découvrez la vie secrète des loups d'Ethiopie, partagez leur joie et leur esprit de famille, puis partez découvrir un singe pas comme les...

Stage Photo : La Vallée des Loups en Fleur en Éthiopie

Stage Photo : La Vallée des Loups en Fleur en Éthiopie

Vallée des loups en fleur Escapade aux GelapasDécouvrez la vie secrète des loups d'Ethiopie, partagez leur joie et leur esprit de famille, puis partez découvrir un singe pas comme les autres...Mai / Juin 20273950 €Débutant4 places dispo !Itinéraire[dipi_advanced_tabs...

[et_pb_blog_extras use_category_filterable_blog= »on » include_categories= »8,9″ blog_layout= »block_extended » excerpt_length= »100″ read_more_text= »DECOUVRIR » show_author= »off » show_date= »off » category_background_color= »#F2AB7E » show_comments= »off » _builder_version= »4.27.0″ _module_preset= »default » global_colors_info= »{} » _i= »1″ _address= »3.1.0.1″ /]

Subscribe Newsletter

[dipi_price_list item_text_padding="0px|0px|0px|0px|true|true" separator_style="none" _builder_version="4.20.2" _module_preset="default" title_font="Plus Jakarta Sans||||||||" title_text_color="#000000" title_font_size="20px" title_letter_spacing="-0.5px" price_font="Plus Jakarta Sans||||||||" price_text_color="#000000" price_font_size="15px" title_font_size_tablet="20px" title_font_size_phone="18px" title_font_size_last_edited="on|phone" global_colors_info="{}"][dipi_price_list_item title="What types of insurance coverage do you offer?" price="03:48" _builder_version="4.20.2" _module_preset="default" global_colors_info="{}"][/dipi_price_list_item][/dipi_price_list]